Vous utilisez une trottinette électrique pour vos trajets quotidiens et vous pensez être couvert par la responsabilité civile de votre contrat d’habitation. Dans la très grande majorité des cas, ce n’est pas exact. La trottinette électrique est juridiquement un véhicule terrestre à moteur, au même titre qu’une voiture ou un scooter. Elle relève donc de l’obligation d’assurance prévue par le Code des assurances, et la garantie « vie privée » de votre multirisque habitation exclut presque toujours ce type d’engin.
Concrètement, rouler sans assurance dédiée vous expose à deux risques de nature très différente : une sanction pénale en cas de contrôle, et surtout une dette personnelle qui peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros si vous blessez quelqu’un. Cet article détaille le cadre légal applicable aux EDPM (Engin de Déplacement Personnel Motorisé), les sanctions encourues, ce qui se passe réellement après un accident selon que vous êtes responsable ou victime, et les points de vigilance qui conditionnent votre couverture d’assurance.

La trottinette électrique est un véhicule terrestre à moteur : ce que cela change pour vous
Une catégorie juridique créée en 2019 : les EDPM
Le décret n° 2019-1082 du 23 octobre 2019 a introduit dans le Code de la route la catégorie des engins de déplacement personnel motorisés (EDPM). Elle regroupe les trottinettes électriques, mais aussi les gyropodes, monoroues, hoverboards et autres engins sans place assise, dont la vitesse est bridée à 25 km/h.
Cette création a mis fin à un vide juridique. Avant 2019, ces engins circulaient sans statut clair. Depuis, ils obéissent à des règles de circulation précises et, surtout, l’ obligation d’assurance identique à celle des autres véhicules motorisés est confirmée.
Pourquoi votre responsabilité civile « vie privée » ne suffit pas
L’article L211-1 du Code des assurances impose une assurance de responsabilité civile à toute personne dont la responsabilité peut être engagée en raison de dommages causés par un véhicule terrestre à moteur. La définition est large : tout véhicule automoteur destiné à circuler sur le sol, actionné par une force mécanique et non relié à une voie ferrée. Une trottinette électrique y répond donc pleinement.
Or les contrats multirisques habitation comportent quasi systématiquement une clause d’exclusion des dommages causés par un véhicule terrestre à moteur — précisément parce que ces dommages relèvent d’une assurance obligatoire distincte. Si vous provoquez un accident avec votre trottinette, votre assureur habitation opposera cette exclusion, en toute légalité… et en toute légitimité.
Il existe deux solutions : souscrire un contrat spécifique EDPM, ou faire ajouter une extension de garantie à un contrat existant, lorsque votre assureur le propose. Dans les deux cas, la démarche suppose une déclaration expresse de l’engin. Ne présumez jamais d’une couverture tacite : vérifiez la mention explicite dans vos conditions particulières.
Le cas particulier du vélo électrique et de la trottinette mécanique
Toutes les mobilités douces ne sont pas logées à la même enseigne. La distinction se joue sur la motorisation :
- Trottinette mécanique, vélo classique, roller : aucune motorisation, donc pas de véhicule terrestre à moteur. La responsabilité civile de votre contrat d’habitation s’applique.
- Vélo à assistance électrique (VAE) conforme : l’assistance se coupe à 25 km/h et ne fonctionne qu’au pédalage. Il n’est pas assimilé à un véhicule terrestre à moteur et reste couvert par la responsabilité civile classique.
- Speed bike (assistance au-delà de 25 km/h) : il bascule dans la catégorie des cyclomoteurs, avec immatriculation, casque homologué et assurance obligatoire.
- Trottinette électrique, gyropode, monoroue : véhicule terrestre à moteur, assurance obligatoire sans exception.
Cette frontière explique beaucoup de malentendus. Un usager habitué au vélo transpose spontanément ses réflexes à la trottinette, alors que le régime juridique n’a rien à voir.
Ce que vous risquez en cas de contrôle sans assurance
Le défaut d’assurance n’est pas une simple contravention. Le Code de la route en fait un délit, puni d’une amende pouvant atteindre 3 750 euros.
En pratique, lorsqu’il s’agit d’une première infraction sans autre délit associé, les forces de l’ordre recourent le plus souvent à l’amende forfaitaire délictuelle : 500 euros, ramenés à 400 euros en cas de paiement rapide, portés à 1 000 euros en cas de retard. Le dossier n’est alors pas transmis au tribunal. En cas de récidive ou de circonstances aggravantes, la procédure judiciaire classique reprend ses droits, avec des peines complémentaires possibles.
À ces sanctions s’ajoutent celles liées aux règles de circulation propres aux EDPM, souvent méconnues.
| Manquement | Sanction encourue | Précision |
| Circulation sans assurance | Amende forfaitaire délictuelle de 500 € (400 € minorée / 1 000 € majorée), jusqu’à 3 750 € devant le tribunal | Délit — article L324-2 du Code de la route |
| Confiscation ou immobilisation de l’engin | Peine complémentaire | Prononcée par le juge |
| Circulation sur le trottoir (hors autorisation locale) | Amende forfaitaire de 135 € | Sauf engin tenu à la main, moteur coupé |
| Transport d’un passager | Amende forfaitaire de 135 € | Un engin, un utilisateur |
| Débridage de l’engin au-delà de 25 km/h | Amende pouvant atteindre 1 500 € | Modification du dispositif de limitation |
| Usage d’écouteurs ou du téléphone en roulant | Amende forfaitaire de 135 € | Règle identique à celle des automobilistes |
L’amende, aussi désagréable soit-elle, reste pourtant le risque le moins lourd. Le véritable enjeu se situe ailleurs.

L’accident : ce que le défaut d’assurance change vraiment
Vous blessez un tiers : le FGAO indemnise, puis se retourne contre vous
Imaginez un piéton renversé sur une piste cyclable, une chute, un traumatisme crânien, plusieurs mois d’arrêt de travail. La victime ne restera pas sans indemnisation : le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO) intervient précisément lorsque le responsable n’est pas assuré. Il prend en charge la réparation des préjudices corporels de la victime, exactement comme l’aurait fait un assureur.
Mais le FGAO n’est pas une assurance gratuite. Après avoir indemnisé, il exerce un recours contre le responsable non assuré pour récupérer l’intégralité des sommes versées. Ce recours porte sur la totalité de la dette, sans plafonnement, et il est recouvré sur votre patrimoine — au besoin par échelonnement, pendant des années, voire des décennies.
L’ordre de grandeur mérite d’être posé sans dramatisation excessive mais sans euphémisme : dès lors qu’il y a des séquelles permanentes, l’addition des différents postes de préjudice — frais médicaux, perte de revenus, assistance par une tierce personne, déficit fonctionnel permanent, souffrances endurées — se compte fréquemment en centaines de milliers d’euros. Sur un dossier de handicap lourd, le million n’a rien d’exceptionnel. C’est cette dette-là, et non l’amende de 500 euros, qui constitue le vrai risque du défaut d’assurance.
À noter également : l’organisme social (CPAM, MSA…) et les mutuelles complémentaires peuvent également solliciter le remboursement de tout ce qui a été payé du fait de l’accident (hospitalisation, Imageries, consultations médicales, médicaments….). Cela représente des sommes très importantes.
Vous vous blessez seul : aucune garantie ne prend en charge votre préjudice corporel
L’assurance de responsabilité civile — même souscrite en bonne et due forme — ne couvre que les dommages que vous causez à autrui. Elle ne répare jamais vos propres blessures.
Or les chutes sans tiers impliqué représentent une part importante des accidents de trottinette : nid-de-poule, rail de tramway, freinage brusque, chaussée glissante, inattention… . Dans cette hypothèse, l’Assurance maladie prend en charge une partie des soins, mais rien de plus. Aucune indemnisation des souffrances endurées, du préjudice esthétique, du déficit fonctionnel permanent ou de la perte de gains professionnels.
Seules des garanties dédiées permettent d’être indemnisé dans ce cas de figure :
- Une garantie individuelle accident ou « garantie du conducteur » adossée au contrat EDPM, dont il faut lire attentivement les plafonds et les seuils de déclenchement.
- Un contrat de garantie des accidents de la vie, qui couvre les accidents de la vie courante sans tiers responsable identifié et qui n’exclut pas les accidents de la circulation.
- Certaines garanties de prévoyance individuelle ou collective, notamment en cas d’invalidité.
Vérifier l’existence de ces garanties, et surtout les conditions dans lesquelles elles se déclenchent, fait partie des premières démarches à effectuer après un accident.
Un tiers vous renverse : conducteur, vous perdez la protection renforcée de la loi Badinter
Ce point est technique, mais il change profondément l’issue d’un dossier. La loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, dite loi Badinter, organise l’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation impliquant un véhicule terrestre à moteur. Elle distingue deux statuts :
- Les victimes non conductrices — piétons, passagers, cyclistes — bénéficient d’une protection quasi absolue. Seule une faute inexcusable, cause exclusive de l’accident, peut leur être opposée, et les tribunaux la retiennent très rarement.
- Les conducteurs relèvent de l’article 4 : leur propre faute peut limiter, voire exclure, leur droit à indemnisation.
Puisque la trottinette électrique est un véhicule terrestre à moteur, son utilisateur a la qualité de conducteur. Contrairement à un piéton renversé ou à un cycliste, il ne bénéficie donc pas de la protection renforcée. Rouler sur un trottoir, griller un feu, circuler à deux sur l’engin ou emprunter une voie interdite pourra lui être reproché et venir réduire son indemnisation, parfois dans des proportions importantes.
Une précision essentielle en revanche : le défaut d’assurance, en lui-même, ne vous prive pas de votre droit à être indemnisé par l’assureur du tiers responsable. La faute susceptible de réduire l’indemnisation doit être une faute de conduite en relation directe avec la survenance du dommage. Ne pas être assuré vous expose à des poursuites pénales, mais ne fait pas obstacle à la réparation de vos propres blessures par le responsable de l’accident. Cette nuance est régulièrement méconnue des victimes, qui renoncent à agir en croyant leur situation irrémédiablement compromise.
Tableau récapitulatif : qui paie quoi selon votre situation
| Votre situation | Dommages causés aux tiers | Vos propres blessures | Conséquence pour vous |
| Trottinette assurée, vous êtes responsable | Pris en charge par votre assureur EDPM | Selon la garantie individuelle accident souscrite | Franchise et éventuelle majoration de cotisation |
| Trottinette non assurée, vous êtes responsable | Avancés par le FGAO à la victime | Aucune prise en charge en dehors de la Sécurité sociale | Recours du FGAO contre vous + sanction pénale |
| Chute seul, sans tiers impliqué | Sans objet | Uniquement si garantie individuelle accident, GAV ou prévoyance | Reste à charge potentiellement lourd |
| Renversé par un véhicule responsable | Sans objet | Indemnisation par l’assureur du responsable, réduction possible en cas de faute de conduite | Statut de conducteur au sens de la loi Badinter |

Les autres points qui conditionnent réellement votre couverture
Le débridage : la fausse bonne idée qui annule tout
Modifier une trottinette pour dépasser les 25 km/h ne se limite pas à une infraction. L’engin sort de la catégorie des EDPM et devient un cyclomoteur non homologué, qui ne peut ni être immatriculé, ni être valablement assuré comme tel.
Conséquence : votre assureur pourra refuser sa garantie en cas d’accident, au motif que l’engin déclaré n’est plus celui qui circulait. Vous vous retrouvez alors dans la situation exacte du conducteur non assuré, avec le recours du FGAO à la clé. Le débridage transforme un contrat en apparence valable en couverture inexistante.
Trottinettes en libre-service et engins prêtés
Les opérateurs de location en libre-service souscrivent généralement une assurance de responsabilité civile bénéficiant à l’utilisateur pendant la durée de la course. Cette couverture existe, mais elle est presque toujours assortie de plafonds, de franchises et de conditions d’exclusion — notamment en cas de circulation à deux, de conduite après consommation d’alcool ou d’usage par un mineur. Les conditions générales d’utilisation, rarement lues, définissent précisément l’étendue de la garantie.
Le prêt d’un engin personnel obéit à une autre logique : la plupart des contrats EDPM couvrent le conducteur occasionnel autorisé, mais certains limitent la garantie au souscripteur nommément désigné. Là encore, la lecture des conditions particulières s’impose avant de confier l’engin à un tiers.
Les règles de circulation qui pèsent sur l’indemnisation
Au-delà de la sanction immédiate, le respect des règles applicables aux EDPM influence directement la discussion sur la faute en cas d’accident : âge minimum fixé à 14 ans, interdiction du trottoir, circulation sur les pistes cyclables et les voies limitées à 50 km/h en agglomération, port du casque obligatoire hors agglomération, gilet rétro-réfléchissant la nuit. Ces exigences sont détaillées sur les ressources officielles consacrées aux EDPM.
Chacun de ces manquements peut être opposé à l’utilisateur blessé pour réduire son indemnisation. C’est également sur ce terrain que les assureurs construisent leur argumentation lorsqu’ils contestent une part de responsabilité, et c’est l’une des raisons pour lesquelles la première offre d’indemnisation mérite toujours d’être analysée avant d’être acceptée.
L’essentiel à retenir
- La trottinette électrique est un véhicule terrestre à moteur : l’assurance de responsabilité civile est obligatoire et ne peut pas reposer sur la seule multirisque habitation, qui l’exclut.
- Le défaut d’assurance est un délit, sanctionné en pratique par une amende forfaitaire de 500 euros, et jusqu’à 3 750 euros devant le tribunal.
- Le risque majeur n’est pas l’amende mais le recours du FGAO : après avoir indemnisé votre victime, le Fonds récupère l’intégralité des sommes versées auprès de vous, sur plusieurs années si nécessaire.
- La responsabilité civile ne répare jamais vos propres blessures. Seules une garantie individuelle accident, une garantie des accidents de la vie ou une prévoyance le permettent.
- En tant que conducteur au sens de la loi Badinter, votre propre faute peut réduire votre indemnisation — contrairement à un piéton ou à un cycliste.
- En revanche, ne pas être assuré ne vous prive pas du droit d’être indemnisé par l’assureur du tiers responsable de votre accident.
Conclusion
Le défaut d’assurance en trottinette électrique repose le plus souvent sur une méconnaissance sincère : rien, dans l’usage quotidien de l’engin, ne suggère qu’il relève du même régime juridique qu’une automobile. Les conséquences, elles, sont bien réelles, et elles se manifestent au pire moment — lorsqu’un accident est déjà survenu.
Que vous soyez mis en cause après avoir blessé un tiers ou que vous soyez vous-même victime au guidon d’une trottinette, la qualification juridique retenue, la part de responsabilité discutée et l’évaluation de chaque poste de préjudice détermineront l’issue du dossier. L’accompagnement par un Avocat vous permettra de faire valoir vos droits face aux assureurs ou au Fonds de garantie, de préparer l’expertise médicale qui fixera l’étendue de vos séquelles, et de contester une réduction d’indemnisation qui ne serait pas justifiée.
Pour examiner votre situation personnelle, Maître Frédérique Mocque Nicoloff, avocate au barreau de Rouen intervenant en réparation du préjudice corporel, vous propose un premier échange afin de faire le point sur vos droits et sur les démarches à engager. Maître MOCQUE NICOLOFF intervient sur toute la France.
Cet article a une valeur informative générale et ne constitue pas une consultation juridique. Chaque situation appelle une analyse individualisée. Dernière mise à jour : août 2026.
FAQ
Mon adolescent utilise une trottinette électrique : qui est responsable s’il blesse quelqu’un ? Les parents répondent civilement des dommages causés par leur enfant mineur. Mais comme pour un adulte, la garantie responsabilité civile familiale exclut les véhicules terrestres à moteur : c’est donc le contrat EDPM qui doit être souscrit et couvrir expressément l’usage par le mineur. Rappelons que l’âge minimum pour circuler sur la voie publique avec un EDPM est fixé à 14 ans.
Que se passe-t-il si je prête ma trottinette électrique à un ami ? Cela dépend de la rédaction de votre contrat. Beaucoup de contrats EDPM couvrent le conducteur occasionnel autorisé, d’autres limitent la garantie au seul souscripteur désigné. En cas de doute, demandez une confirmation écrite à votre assureur avant le prêt, car un refus de garantie replacerait le conducteur dans la situation d’un défaut d’assurance.
L’assurance est-elle obligatoire si je roule uniquement sur un terrain privé ? L’obligation d’assurance prévue par le Code des assurances vise la circulation, y compris sur des terrains privés ouverts à la circulation ou accessibles au public mais également non accessibles et fermés au public. Même si vous n’utilisez votre EDMR que sur votre terrain non accessible à des tiers, il doit être assuré.
Combien de temps ai-je pour saisir le Fonds de garantie après un accident ? Les délais applicables aux demandes adressées au FGAO sont encadrés et relativement courts au regard des délais habituels en matière de responsabilité. Ils courent selon les cas à compter de l’accident ou de la transaction conclue avec le responsable. Compte tenu de leur technicité, il est préférable de faire vérifier votre situation rapidement plutôt que de risquer une forclusion.
Un accident de trottinette électrique peut-il être reconnu comme accident de trajet ? Oui. Si l’accident survient sur le parcours habituel entre votre domicile et votre lieu de travail, il peut être qualifié d’accident de trajet et pris en charge à ce titre par la Sécurité sociale. Cette qualification n’exclut pas une action complémentaire contre le tiers responsable pour obtenir la réparation intégrale des préjudices non couverts par les prestations sociales.


